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Au coeur de la folie – Il

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Jour 1 : Déchirure

Il avait si peu de rêves auxquels se raccrocher. Si peu de rêves, et maintenant, on lui enlevait sa raison de vivre. « Vous n’irez nulle part, ainsi. Et encore moins dans cette voie ! », lui avait-on dit. « Mais vous savez, il en faut peu pour un homme de perdre la raison ! » avait-il laissé tomber. L’entourage de ses professeurs ne voyait en lui qu’une cause perdue, un élève qui avait perdu son chemin. Et sa capacité à raisonner rationnellement. Mais il avait raison ; il suffit d’un rien pour sombrer dans la folie. D’autant plus que la folie est lente, suffocante, destructrice et puissamment ardue à maîtriser une fois qu’elle est enclenchée. « Personne n’osera plus jamais me stopper, dorénavant ! », avait-il juré. On lui avait fermé des portes ? Bien : il en ouvrirait d’autres. On lui arracher les ailes ? Bien : il creuserait alors. On lui avait briser ses rêves ? Bien : il créerait des cauchemars.

 

Jour 2 : Inconscience

Jamais de sa vie il n’avait blessé quelconque être vivant. Et pourtant, à présent, il voulait du mal à l’humanité entière. Il ne savait ni comment s’y prendre ni s’il réussirait à assumer ses actes dans sa conscience. Cela l’avait profondément perturbé toute la nuit durant qu’il n’en avait quasiment pas dormi. Il avait donc somnolé toute la journée, s’efforçant à chaque cours de tendre le plus l’oreille pour rester éveillé mais le brouhaha du fin fond de la salle de cours avait eu raison de lui et il avait fini par sombrer dans un profond sommeil. Et ce rêve était tellement représentatif de lui et de son état d’esprit. Il criait vengeance ! Vengeance envers tous ceux qui l’avait mis à terre et rouer de coups. Il faisait face à la première personne qu’il avait pu haïr, jusqu’à souhaiter la mort de cette personne sans pour autant la faire souffrir une seule fois : son père. Il était là, face à lui, de plain-pied. Mais quand il se redressa, son père devint ridicule devant son ombre : une proie si facile. Déformées par les larmes qui lui brouillaient la vue, ses mains se glissèrent autour du cou de son père et commencèrent à serrer. Serrer. Serrer encore. A un point où ses doigts blanchirent et où il pouvait sentir le sang dans sa carotide comme si tout cela était réel. Puis un violent coup sur sa nuque mit fin à cette illusion. Il lâcha le cou de son professeur et ils s’écroulèrent à terre. La dernière chose qu’il vit fut les lèvres bleues de l’enseignant… et il sourit alors qu’il perdait conscience.

 

Jour 3 : Peur

Tous les élèves avaient été mis au courant de la tentative de meurtre de leur camarade. Bien que l’affaire fut classée sans suite car tout ceci se révélait être un malheureux concours de circonstance, il avait donc été conclu qu’il devait avoir un suivi psychologique avec une des psychologues de la faculté, qui, si le cas le nécessitait, devrait le rediriger vers un psychiatre compétent. Il était à présent plus seul que jamais. Il voyait certains le fuir du regard. Le fuir tout simplement pour les autres. S’il n’avait jamais réellement été seul, il devait maintenant y faire face. Et contrairement aux étudiants il ne fuirait pas ! La solitude avait ses inconvénients mais aussi ses avantages. Plus de temps libre. Plus de temps pour se parler, pour se rassurer, pour se motiver et ne pas lâcher prise. Pas si proche du but ! Il marchait vers le bureau de la psychologue et la vit en train de fumer une cigarette en parlant avec ses collègues. Des collègues, il n’en avait plus. Il n’avait plus rien à perdre : sa mère était morte en couche et son père était quelqu’un qu’il avait évincé de sa vie. Il n’avait ni l’amour, ni la confiance de personne à perdre. Il pénétra donc dans le bureau de la psychologue et s’empara de la paire de ciseaux qui reposait dans un pot à crayon. Il attendit alors patiemment la femme, assis sur le fauteuil prévu pour les thérapies. Quand elle entra et le découvrit, sagement assis, elle eut un mouvement de recul mais, dans le silence, elle prit place de l’autre côté du bureau. Il regardait souvent la psychologue en se léchant les lèvres, tel un pervers. Mais, sûrement habituée à de tels comportements, la femme ne broncha pas une seule fois. Ils passèrent ainsi toute une heure dans un silence mortuaire. Quand les aiguilles eurent achevé leur tour de cadran, il sortit de la pièce en laissant tomber volontairement la paire de ciseaux sur le seuil de la porte qu’il laissa grande ouverte. La psychologue s’apprêta à le prendre en chasse mais il avait déjà disparu pour mieux réapparaître, ailleurs, avec un nouveau plan qu’il n’hésiterait pas à mettre en œuvre.

 

Jour 4 : Insanité

Il n’avait rien planifié pour aujourd’hui. Il comptait sur une inspiration soudaine pour égayer sa journée, effrayer les gens, maintenir sa réputation de mauvais garçon. De très mauvais garçon. Il avait passé plusieurs heures devant le miroir à entraîner son regard afin de terrifier les gens d’un simple regard. Dorénavant maquillé, les yeux tout cernés de noir, il lui suffisait d’un coup d’oeil pour que les regards les plus courageux parmi les curieux se détournassent. Toute la journée, il avait oscillé entre les heures de cours et les heures de pause sans pour autant trouver une idée pour pourrir la vie des autres. Ce fut sans avoir commis de méfaits de la journée qu’il entra dans l’amphithéâtre pour l’examen d’une matière. Assis tout au fond là où il avait plusieurs rangées de libre rien que pour lui, il commença à répondre aux questions avant que le professeur en charge de la matière n’arrivât pour l’arrêter car tous les étudiants n’avaient pas encore reçu leur copie. Il lui lança un regard noir, ce même regard qu’il avait ardemment travaillé, et l’enseignant responsable partit sans rien dire de plus. Il continua toutes les questions et resta tout de même une fois qu’il avait fini. Les minutes s’écoulèrent puis les cinq dernières minutes de l’examen furent annoncées. Il se leva alors pour aller rendre sa copie mais au lieu de la poser sur le haut du paquet de copie, il les embarqua et prit la fuite en courant. Il se retrouva dehors, haletant, poursuivi par les enseignants qui surveillaient les étudiants et fut tout de suite agresser par le regard des autres. Dans un rire malveillant, il les jeta en l’air et les copies redescendirent à terre en virevoltant dans le vent. Certaines retombèrent aux pieds des escaliers tandis que d’autres furent prises dans le vent et emmenées au loin, sous la pluie. Quand l’enseignant responsable de la matière arriva au dehors, il l’attrapa par l’épaule et tenta de le rentrer dans le bâtiment pour s’expliquer avec lui. « Vous avez bien du courage ! », lâcha-t-il en lançant un second regard noir à son professeur qui le lâcha immédiatement. Il analysa tous les autres enseignants et eut un sourire en coin. Ils furent tous un pas en arrière, rompant la barrière humaine qu’ils formaient. Alors libre, il s’avança vers les professeurs et les fixa un à un dans les yeux. Tous détournèrent le regard et il en profita pour les laisser entre eux en s’échappant sous la pluie.

 

Jour 5 : Repos

Fin de semaine. Il trouvait cela bien dommage mais cela lui laissait le temps pour échafauder de nouveaux plans pour la reprise de la semaine. Mais bien sûr, il ne comptait pas s’arrêter là : il avait commencé quelque chose et il se devait de finir cette chose, cette mission qu’il s’était incombé. Tout lui paraissait si irréel, comme s’il vivait un rêve duquel il ne voudrait jamais s’éveiller. Un rêve où tout était possible, où tout lui était accessible. Il n’avait également aucun remord sur ce qu’il venait de faire durant toute la semaine. Après avoir subi les railleries, les moqueries, les mises à l’écart des autres, il lui semblait que tout ceci n’était qu’un juste retour de bâton. Pourrir, dégrader, amocher, détruire tout et tous ce qui l’avait fait ainsi, qui l’avait fait plonger dans cette folie sans nom, sans fond. Alors il dégaina son téléphone portable et composa un numéro. Il essuya deux échecs puis à la quatrième sonnerie de son troisième appel, son correspondant répondit. « Papa ? », demanda-t-il dans le petit combiné.

 

Jour 6 : Vengeance

Il avait eu plus de vingt-quatre heures pour construire le plan parfait pour défaire son père. La torture mentale était le plan qui lui semblait être le meilleur pour faire souffrir cet homme qui était responsable de la mort des personnes qui auraient du continuer à être les deux personnes les plus importantes pour lui : sa mère et sa sœur. Il lui avait tout enlever, lui avait fait tout perdre : il ferait de même pour cet homme qui avait osé poursuivre sa vie comme si de rien n’avait été. Il se pointa donc à l’heure du rendez-vous où son père l’attendait déjà. Bien que son fils eut radicalement changé, le père n’eut aucune autre réaction que de le prendre dans ses bras. « Nous y voilà, Papa ! Ta fin est proche ! » Les deux hommes s’installèrent à la terrasse d’un bar. Il commença alors donc la phase cruciale de son plan : l’amener à venir chez lui, là où tout était prêt pour la phase ultime : lui ôter la vie. Il pensait que cela aurait compliqué mais la facilité avait été telle qu’elle en était presque insultante envers tout le travail qu’il avait fourni, toutes les phrases qu’il avait travaillé dans le but de le faire flancher et de le ramener chez lui, comme un prédateur ramène sa proie dans son terrier après l’avoir fatiguée pour mieux la capturer. Il voyait tout ceci comme un jeu : après tout, la vie n’était-elle pas comme un plateau d’échec ? Ils finirent donc leur boisson et ils partirent en direction de son appartement. Arrivés devant, il fit entrer tout d’abord son père dans la pénombre la plus totale avant d’y pénétrer également. Il ferma la porte à clef et alluma la lumière qui révéla un appartement jonché d’objets tranchants, allant d’un canif suisse au grand hachoir de cuisine en passant par tout un tas d’autres objets coupants et aiguisés. Il se saisit alors d’un tesson de bouteille qu’il serra tellement fort qu’il lui entailla la main. Le sang coulait de sa main. Et pourtant, faisant fi de la douleur, il leva le morceau de verre dans les airs et trancha les tendons des bras de son père. Il s’effondra à terre, dans un cri d’épouvante. Il savait très bien ce que son fils allait faire de lui. Et alors que son fils lâchait le tesson, il eut un espoir d’échapper à son destin quand leur regard se croisèrent. Simulant la peur et l’incompréhension, il tenait son père dans le creux de sa main. Il attrapa le bras qu’il lui tendait, l’attira à lui, le serra contre lui pour bien lui planter le petit canif suisse dans la cuisse, pile au niveau de l’artère. « Pour Maman. Et pour Vicky. », murmura-t-il.

 

Jour 7 : Feu

L’idée d’assassiner froidement son père, sans le laisser souffrir un peu l’avait vite grisé. Il avait donc pris le soin de le laisser en vie pour qu’il ait le temps de mieux de réfléchir à comment il a pu en arriver là. En attendant, le week-end était passé et il était temps de retourner à la faculté pour achever sa mission et ancrer son nom dans le règne de la terreur. Assis tout au fond de l’amphithéâtre, il suivait plus ou moins le cours magistral. L’heure et demie passa extrêmement vite et le cours touchait enfin à sa fin. Il était temps. Il dévissa une bouteille dans son sac et laissa le liquide imprégner son sac qui gouttait lentement à mesure qu’il descendait les marches. De sa poche, il sortit un briquet à essence et joua avec. Il passa devant son enseignante et des élèves qui lui posaient des questions concernant le cours. Il prit son visage dans sa main libre et rigola doucement. Son rire commença à prendre en ampleur et les rares personnes de l’amphithéâtre le regardèrent, tout en évitant de croiser son regard. Il alluma le briquet et le laissa tomber au sol. « Fuyez ! », hurla alors la professeur. Il y était arrivé : même le corps enseignant le craignait. Une goutte tomba sur la flamme et l’amphithéâtre s’enflamma d’un coup. Les flammes, d’abord alimentées par l’essence qui coulait du sac, commencèrent à prendre en ampleur et léchaient le bois des bureaux. Toutes les issues étaient condamnées et le feu gagnait de plus en plus en intensité. Personne ne pouvait entrer et encore moins sortir d’ici. Il s’avança alors vers les dernières personnes de la salle qui hurlaient à l’aide, bien que leurs cris n’atteignirent aucune oreille à part les leurs. « Vous ne m’aurez jamais ! », clama-t-il, fier de son accomplissement. Bien sûr, il savait ce qu’il risquait s’il venait à se faire attraper. Mais comme il venait de l’annoncer, personne ne l’aurait jamais. Il s’enfonça alors dans les flammes, sans un cri, la douleur étant pour lui la plus belle des extases. Une poutre enflammée tomba et il la vit tomber. « Maman… Vicky… j’arrive… »

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